France-Dépression – Hommages

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Hommages

19 octobre 2005

HOMMAGE à notre ancien Secrétaire, Philippe DUVETTE :

Philippe tu nous manque beaucoup, tous les après midis tu venais assurer le secrétariat tout discrètement comme tu es parti.

Tu avais le sourire, de l’humour et de la finesse d’esprit malgré ta grande souffrance. Tu écoutais avec plaisir nos mésaventures qui te faisaient sourire mais toujours avec gentilllesse et sans jugement. Ton départ soudain à 44 ans nous paraît à tous trop injuste car tu avais beaucoup d’atout et de courage pour pouvoir retrouver un travail revalorisant mais cette maladie finissait par paralyser tes recherches.

Tu étais vers nous tous les jours et nous entendons encore ton pas dans le couloir, et le bureau où tu travaillais nous semble bien vide.

Nous pensons à tes parents et à leur immense chagrin, tu nous manques, Philippe ……… nous allons essayer de continuer ton travail et ton investissement en répondant aux demandes de nos adhérents.

Les bénévoles de France Dépression.

HOMMAGE À DOMINIQUE ATTAR-LEVY

« C’est vivre et cesser de vivre qui sont des solutions imaginaires. L’existence est ailleurs. »

André Breton

Prière de Charles Péguy :

La mort n’est rien. Je suis seulement passé dans la pièce à côté.Je suis moi, vous êtes vous. Ce que nous étions les uns pour les autres, nous le sommes toujours. Donnez-moi le nom que vous m’avez toujours donné. Parlez-moi comme vous l’avez toujours fait. N’employez pas un nom différent, ne prenez pas un air solennel ou triste. Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi. Que mon nom soit prononcé comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre. La vie signifie tout ce qu’elle a toujours signifié. Elle est ce qu’elle a toujours été. Le fil n’est pas coupé. Pourquoi serais-je hors de votre pensée simplement parce que je suis hors de votre vue ? Je vous attends, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin. Vous voyez, tout est bien.

Un grand homme vit toujours le regard tourne vers l’avenir

Aujourd’hui, encore, c’est un grand honneur et un plaisir pour moi d’exprimer ma reconnaissance au Dr. Dominique Attar-Levy à la première page du bulletin de l’Association France-Dépression.

Par “reconnaître”, on entend tout le sens profond de gratitude que je ressens pour Dominique Attar-Levy, la personne la plus digne de respect.

Le fait d’avoir rencontré Dr. Attar-Levy, c’est une rencontre qui s’accorde avec le temps et le bon moment pour m’aider à surmonter difficulté après difficulté, à travers mes phases dépressives délirantes et aussi dans la vie quotidienne.

J’aime bien parler de Dr. Dominique Attar-Levy en tant que Médecin. C’est une belle femme charmante, souriante, vivante et plein d’enthousiasme, elle est toujours prête à aider les patients dans la possibilité d’une femme médecin. Elle a pris le temps d’écouter attentivement chaque patient avec le seul désir d’aider chaque personne qui peut retrouver la conviction de soi-même pour vaincre la maladie dans les circonstances.

Dominique Attar-Levy, en tant qu’un grand homme de valeur

J’aime bien citer un proverbe : “creuser la terre sous tes pieds pour y faire jaillir la source de ton propre bonheur.”L’essentiel de ce proverbe indique fermement la réalisation de tous les objectifs avec la bonne volonté.

Dr. Attar-Levy m’a encouragé souvent en racontant l’histoire du Professeur Pierre Deniker. Les derniers jours de sa vie, il était paralysé et il devait se déplacer sur un fauteuil roulante. Dr. Attar-Levy m’a dit qu’elle pensait pas qu’il allait s’en sortir avec une chaise roulante et que c’était dur pour lui. Mais au contraire, Professeur Deniker était toujours calme et souriant chaque fois que Dominique Attar Levy se rendait visite au Professeur. Il a dit souvent “l’important est qu’avez vous laissé derrière vous, quelle sorte de valeurs avez-vous crées, combien de personnes avez-vous aidé à être heureuses ?”

Oui, c’est maintenant le moment de créer une base solide de notre Association. Je me rappelle qu’une semaine avant qu’elle nous a quitté, elle m’a dit que depuis 7 ans l’Association n’avançait pas, qu’elle restait toujours dans l’ombre. Il faut qu’on fasse ce qu’il faut pour l’Association. Même si elle nous a quitté pour toujours, Dominique Attar-Levy restera toujours avec nous dans nos coeurs, dans nos activités.

En toutes circonstances, il faut aller de l’avant et élargir nos activités avec nos propres moyens. Moi, je suis fidèle à son projet et je ne peux pas arrêter son projet qu’elle a mené depuis longtemps. Une fois engagé, cette tâche ne doit jamais être trahie par les circonstances. Plus les conditions sont difficiles, plus il faut protéger solidement l’Association France-Dépression. Cette Association est seule et unique pour la voix des patients : elle est en train de tâtonner lentement avec les premiers pas vers une Fédération Nationale composée d’associations locales. Moi en tant que membre de l’Association France-Dépression, j’appelle les différences de position sociale, qui nous tend la main pour créer des liens de personne à personne pour graver l’histoire remarquable du développement de la voix des maniaco-dépressifs en France.

Pour conclure, je n’ai d’autre désir que de citer un proverbe chinoise :

C’est difficile d’atteindre le sommet d’une montagne, dès qu’ont atteint le sommet, on peut contempler une belle vue et l’immensité de la fleuve Yantsé.

Christophe Truong

Au Docteur Dominique Attar-Lévy …

Elle était parmi nous, coeur pur et gai, dès l’origine de nos réunions. En nous disant bonjour, elle avait entouré chacun de nous de son regard chaud et vif, avait trouvé un mot à dire à chacun de nous et c’était pour chacun, déjà un début d’apaisement. Au milieu de nous, elle était attentive aux paroles, aux gestes, aux silences de chacun. Elle écoutait et chacune se sentait soutenu et encouragé. Elle était là, et inlassablement elle définissait les deux phases de notre maladie ; elle précisait qu’à l’augmentation de l’estime de soi et à l’engagement excessif dans des activités agréables s’ajoutait l’instabilité, voire l’agressivité et une prise de risques inconsidérés, et que souvent des accès d’abattement et de vide, de dévalorisation et de culpabilité, d’inhibition et d’insomnie. Elle montrait au delà d’un traitement curatif, l’importance d’un traitement préventif renforcé par un travail psychologique du patient sur sa maladie et la nécessité d’une “alliance thérapeutique” entre le patient et son malade.

Parfois, elle allumait une de ses longues et minces cigarettes et la fumée sentait au bout de ses doigts et elle ressemblait à une collégienne.

L’Association aussi était maniaco-dépressive : tantôt nous allions conquérir la France, au moins l’Ile-de-France, du moins le 14ème arrondissement. De longues tractations s’engageaient avec les autorités, elle participait aux délégations qui revenaient déçues des hommes politiques. Elle, au contraire, pensait qu’il fallait trouver d’autres voies et ne jamais renoncer. Tantôt les réunions ne rassemblaient plus qu’une poignée d’adhérents incertains et divisés, elle rappelait l’importance d’informer les patients et leur entourage, de susciter la compréhension du grand public et elle ranimait les bonnes volontés.

Elle avait contribué à définir les principales modalités de fonctionnement de l’Association : “les petits mardis” consacrés à l’information des adhérents, à l’organisation de l’Association parfois à la réception d’un intervenant, “les grands mardis” tenus chaque trimestre dans l’amphithéâtre Deniker où l’Association invite des spécialistes de la maladie maniaco-dépressive sur un thème précis. Elle veillait à tout : à la présentation de la salle, à la mise à disposition des livres et brochures, à l’enregistrement de la conférence, à l’accueil de l’orateur et elle tendait le micro, en fin de séance, à tous ceux qui avaient des questions à poser.

Finalement, nous étions installés chez elle : après le premier local de France-Dépression, rue Falguière, d’accès si difficile, elle avait accueilli l’Association rue Vercengétorix. Entre l’aquarium et la cuisine, nous avions une salle de réunion en longueur, parfois trop petite les jours d’euphorie, parfois bien grande les jours dépressifs et alors elle faisait apparaître du thé, du café, des jus de fruit. Elle espérait les locaux de la rue Mathurin Régnier comme un nouvel élan pour son travail. Ils vinrent enfin, elle eut un espace qu’elle organisa en fonction de la conception exigeante qu’elle avait de la psychiatrie, elle le faisait visiter avec bonheur, l’Association y avait sa place.

Elle est parmi nous, coeur pur et gai.

Claude Hyvert

Le Docteur Dominique Attar-Levy nous a quittée. Praticien hospitalier remarquable, toute l’équipe de France Dépression la connaissait sous un éclairage plus proche.

Femme d’engagement et de combat, elle possédait des qualités humaines et morales indéniables. Elle faisait preuve d’une capacité de travail hors du commun.

Nous lui devons beaucoup. Elle savait faire partager ses enthousiasmes, ses élans. Malgré un emploi du temps très chargé, elle s’impliqua complètement dans la vie de l’Association, la représentant à l’étranger, assistant à nos réunions, nos conférences.

Elle n’aurait pas apprécié que nous soyons tristes et désemparés. Une équipe doit continuer à fonctionner même dans les moments les plus extrêmes. Elle fut un des principaux acteurs du développement de France-Dépression, notre cause lui tendait tant à cœur.

En hommage, il est essentiel de poursuivre son oeuvre.

Monique Longuet

An Angel, Dominique, has flown tonight to sky.

She left this frantic world

to a peaceful garden of love.

When looking up to the sky,

far in the shining blue,

her beautiful black eyes

and her whispering smile

tell us :

“don’t stop, struggle on, continue,

forever I’ll be with you !”

Professor Paolo Morselli

Un ange, Dominique, s’est envolé vers le ciel.

Elle a quitté ce monde fou pour un jardin d’amour serein

En regardant le grand bleu du ciel là-haut, ses beaux yeux sombres et son sourire chuchotant

nous disent :

“ne vous arrêtez pas, luttez, continuez, pour toujours je serai avec vous !”

Je me souviens …

Professeur Paolo Morselli

Je voudrais raconter les circonstances de ma première rencontre avec Dominique Levy, beaucoup d’années ont passé, pourtant le souvenir de celles-ci sont à tout jamais gravées dans ma mémoire, tant ce premier contact a été important, par la suite, dans ma vie.

C’était un jour de printemps 1993 ; depuis la fin de l’année 1980, j’étais suivi, enfin si on peut dire, par un psychiatre qui avait mis neuf ans à faire le diagnostic de troubles bipolaires. Pour être juste, il faut dire qu’il n’avait pas été le seul à patauger : hospitalisé à plusieurs reprises dans un service hospitalo-universitaire réputé de l’Assistance Publique de Paris, le diagnostic, là non plus, n’avait pas été fait. Depuis, j’ai certes appris, qu’en moyenne, il faut huit ans et cinq médecins pour établir ce diagnostic… Ce retard avait eu des conséquences dommageables sur ma vie personnelle, en particulier sur le plan financier, mon statut de fonctionnaire me mettant par ailleurs à l’abri d’un licenciement, qui n’aurait probablement pas manqué de se produire si j’avais travaillé dans le privé.

J’en étais là de mes récriminations personnelles contre mon psychiatre libéral, qui, trouvais-je, faisait de mon cas un peu trop son fonds de commerce. Bref, il fallait que je change de médecin mais je ne savais pas trop vers qui me tourner. Cependant, professionnellement, je travaillais à la direction générale de la santé, au bureau de la psychiatrie, je connaissais en outre depuis longtemps la grande réputation du service du Professeur Lôo dans la prise en charge des troubles bipolaires, aussi je pris ma plume pour écrire, téléphonais pour rentrer en contact avec ce service, alors que je m’enfonçais dans une dépression sévère (le Lithium qui, quand même m’avait été prescrit, n’a jamais été très efficace dans mon cas). Devant mon désarroi , au cours du deuxième ou troisième appel téléphonique, une secrétaire m’a mis en communication avec Dominique LEVY, alors chef de clinique.

Prenant probablement conscience d’un état qui nécessitait une hospitalisation, elle me dit « donnez-moi un numéro de téléphone où je puisse vous joindre, je vais voir s’il y a un lit disponible ». Elle me contacta rapidement pour m’annoncer qu’on m’attendait dans son unité. Un grand soulagement m’envahit, j’eus l’occasion par la suite de lui dire, quand j’étais mal, combien Sainte-Anne m’apparaissait comme un havre de paix, où je me sentais protégé.

Je fus hospitalisé à Sainte-Anne pendant trois mois, avec des séances d’électro-convulsivothérapie (je me souviens encore avec quelle délicatesse elle me demanda mon consentement pour cette thérapeutique). Elle écrivait à mon psychiatre traitant en des termes choisis, avec un grand respect de la confraternité. Je ne pouvais cependant qu’observer la différence dans la prise en charge, la solidité de ses prescriptions médicamenteuses, aussi je ne manquais pas de lui demander si elle voulait bien me suivre en ambulatoire. Elle accepta tout de suite, malgré sa charge de travail ; dès lors je pus connaître sa disponibilité, dont je mis un point d’honneur à ne jamais abuser, son extrême gentillesse et bien sûr sa très grande compétence professionnelle, que mon passé d’ancien interne en psychiatrie me permettait d’apprécier tout particulièrement.

Maintenant qu’elle nous a quittés, que l’émotion m’envahit chaque fois que je pense à elle et à sa famille, il reste des regrets, notamment celui de n’avoir pas pu plus m’engager à France-Dépression, pour le développement de cette association à laquelle Dominique Levy donnait tant… mais chacun d’entre nous n’a pas les capacités intellectuelles qu’elle avait, surtout quand les épreuves de la maladie laissent probablement des séquelles psychologiques et qu’il faut assurer des priorités, comme la vie familiale ou professionnelle. Chaque réunion à laquelle elle participait était illuminée de sa santé éclatante, de sa grâce, de sa gentillesse, de cette façon bien à elle qu’elle avait de prendre le meilleur de chaque personne et de toujours trouver le ton juste auprès de tous avec une grande finesse psychologique… Au revoir Dominique, tu laisses à nous tous un très grand manque.

Jean-Marc Angelé

Une Réconciliation …

Il est vrai que l’homme ne se rend jamais vraiment compte de ce qu’il a, avant de le perdre.

J’imaginais ce que la disparition du Docteur Dominique Attar-Levy a du signifier aux autres. Surtout pour les patients qu’elle a suivis, dont certains pendant plus d’une dizaine d’années. Pour ceux qui ont eu la chance d’appeler Dominique “leur psychiatre”, elle était à la fois mère, amie, ange gardien ou marraine. Elle a réussi à redonner goût à la vie à beaucoup. Heureusement, la solidarité entre patients, et le soutien des professionnels de la santé ont pu jouer un rôle important dans l’acceptation de nous tous de sa disparition.

Ensuite vient sa famille, à laquelle nous avons tous beaucoup pensée.

Sa disparition de la communauté psychiatrique a été également un choc et malheureusement difficile à accepter. Mais je n’aurais jamais pu imaginer ce que la perte de Dominique allait signifier pour moi.

Après avoir été hospitalisée trois fois dans des conditions atroces, après m’être sentie victime d’abus psychiatrique à plusieurs reprises, après avoir passé un moment où j’ai maudit tous les psychiatres de la terre … j’ai eu la chance de tomber sur Dominique Levy.

Je suis venue à France-Dépression convaincue que les autres ne devaient pas subir le même sort que moi, et Dominique partageait cette conviction.

J’avais trouvé une âme soeur dans le camp ennemi qui au bout de quelques années à réussi à me réconcilier avec toute la profession psychiatrique. Elle m’a convaincu de l’importance d’une vraie complicité thérapeutique. Elle m’a montré que c’était possible d’engager un travail commun pour le bien de tous.

Je n’ai pas d’autre choix que de m’engager dorénavant dans l’accomplissement des objectifs qu’elle avait souhaiter voir réaliser à France-Dépression.

Stéphanie Wooley